OANNÉS ou OÈS

Monstre moitié homme et moitié poisson, dans les vieilles mythologies de l'Orient; venu de la mer égyptienne, il sortait de l'oeuf primitif, d'où tous les autres êtres avaient été tirés. Il parut, dit Bérose, près d'un lieu voisin de Babylone. II avait une tête d'homme sous une tête de poisson. A sa queue étaient joints des pieds d'homme, et il en avait la voix et la parole. Ce monstre demeurait parmi les hommes sans manger, leur donnait la connaissance des lettres et des sciences, leur enseignait les arts, l'arithmétique, l'agriculture; en un mot, tout ce qui pouvait contribuer à adou­cir les moeurs. Au soleil couchant, il se re­tirait dans la mer et passait la nuit sous les eaux. C'était un poisson comme on n'en voit guère.

 OB

Démon des Syriens, qui était, à ce qu'il paraît, ventriloque. Il donnait ses oracles par le derrière, organe qui n'est pas ordinairement destiné à la parole, et toujours d'une voix basse et sépulcrale, en sorte que celui qui le consultait ne l'entendait souvent pas du tout, ou plutôt entendait tout ce qu'il voulait.

 OBÉRON

Roi des fées et des fantômes aériens. Il joue un grand rôle dans la poé­sie anglaise; c'est l'époux de Titanic. Ils ha­bitent l'Inde; la nuit, ils franchissent les mers et viennent dans nos climats danser au clair de la lune ; ils redoutent le grand jour et fuient au premier rayon du soleil, ou se cachent clans les bourgeons des arbres jusqu'au retour de l'obscurité. Obéron est le sujet d'un poëme célèbre de Wiéland.

 OBOLE

Pièce de monnaie que les Romains et les Grecs mettaient dans la bouche des morts, pour payer leur passage dans la barque à Caron.

 OBSÉDÉS

Dom Calmet fait cette distinction entre les possédés et les obsédés. Dans les possessions, dit-il, le diable parle, pense, agit pour le possédé. Dans les obsessions, il se tient au dehors, il assiége, il tourmente, il harcelle. Saül était possédé, le diable le rendit sombre; Sara, qui épousa le jeune Tobie, n'était qu'obsédée, le diable n'agissait qu'autour d'elle.

 OCCULTES

On appelle sciences occultes la magie, la nécromancie, la cabale, l'alchimie et toutes les sciences secrètes.

 OCHOSIAS

Roi d'Israël , mort 896 ans avant Jésus-Christ. Il s'occupait de magie et consultait Belzébuth, honoré à Accaron. Il eut une fin misérable.

 OCTOBRE

Ce mois est consacré à Mars qui est astrologiquement le Maître du Scorpion. Octobre marque un retour de la vie au foyer et il est marqué par l'apparition des premiers froids. Le feu allumé à l'inté­rieur est typiquement le Mars du Scorpion, dynamisme intériorisé, favorisant la spéculation intellectuelle et préparant en projet les offensives futures. C'est aussi le symbolisme des fermentations, le vin pressé en septembre qui com­mence à fermenter dans les cuves.

 OCULOMANCIE

Divination dont le but était de découvrir un larron , en examinant la manière dont il tournait l'oeil, après certaines cérémonies superstitieuses.

 ODDON

Pirate flamand des temps anciens, qui voguait en haute mer par magie, sans esquif ni navire.

 ODIN

Dieu des Scandinaves. Deux corbeaux sont toujours placés sur ses épaules et lui disent à l'oreille tout ce qu'ils ont vu ou entendu de nouveau. Odin les lâche tous les jours; et, après qu'ils ont parcouru le monde, ils reviennent le soir à l'heure du repas. C'est pour cela que ce dieu sait tant de choses, et qu'on l'appelle le dieu des corbeaux. A la fin des siècles, il sera mangé par un loup. Il en a toujours deux à ses pieds ; beau cortége ! Les savants vous di­ront que l'un des corbeaux est l'emblème de la pensée; quelle pensée! et l'autre le symbole de la mémoire. Les deux loups figuraient la puissance. II y a des gens qui ont admiré ce mythe.

Odin, à la fois pontife, conquérant, mo­narque, orateur et poète, parut dans le Nord, environ soixante-dix ans avant Notre-Seigneur. Le théâtre de ses exploits fut princi­palement le Danemark. Il avait la réputa­tion de prédire l'avenir et de ressusciter les morts. Quand il eut fini ses expéditions glo­rieuses, il retourna en Suède, et, se sentant près du tombeau, il ne voulut pas que la maladie tranchât le fil de ses jours, après avoir si souvent bravé la mort dans les combats. Il convoqua tous ses amis, les compa­gnons de ses exploits; il se fit, sous leurs yeux, avec la pointe d'une lance, neuf blessures en forme de cercle ; et au moment d'expirer, il déclara qu'il allait dans la Scythie prendre place parmi les dieux, promettant d'accueillir un jour avec honneur dans son paradis tous ceux qui s'exposeraient courageusement dans les batailles ou qui mourraient les armes à la main. Toute la mythologie des Islandais a Odin pour prin­cipe, comme le prouve l'Edda , traduit par Mallet, à la tête de son Histoire de Dane­mark.

 ŒIL

Les Gorgones avaient un seul oeil , dont elles se servaient tour à tour pour changer en pierres tous ceux qui les regardaient.

Les anciens font mention des Arimaspes, comme de peuples qui n'avaient qu'un oeil, et qui étaient souvent aux prises avec les griffons, pour ravir l'or confié à la garde de ces monstres.

La représentation de l’oeil magique comme pantacle contre le mauvais oeil, se rencontre à peu près partout ; il existe sur des médailles byzantines servant d'amulettes sur lesquelles est gravé un oeil menacé d'en haut par trois poignards et attaqué par cinq animaux qui sont, en partant du côté gauche, un lion, une autruche, un serpent, un scorpion et un autre lion.

Une intaille du II° siècle représentait un oeil entouré des divinités aux-quelles sont dédiés les jours de la semaine. Au-dessus de 1oeil se trouve une chouette au-dessus de laquelle se trouvent encore la - foudre, un lion, urr chien, un scorpion, un cerf et un serpent. On a découvert à Rome un pavage en mosaïque blanche et noire portant cette inscription :

INTRANTIBUS HIC DROS PROPITIOS ET BASILIAE HILARIANAE

Au-dessus, un oeil traversé d'une pique sur le sourcil duquel est posée une chouette et, entouré de neuf animaux s'élançant sur lui, un corbeau. Une colombe, posée sur une branche d'olivier, une chèvre, une lionne, un ser­pent, un scorpion, un taureau, une autre lionne, un serpent. La paupière de l’oeil est peinte en rouge.

En Egypte, l'oeil mystique attaché au bras ou au poignet et portant le nom de « Oudja », protège contre le mauvais oeil. En Italie, on porte le « vetro del occhio », verre ovale en forme d'oeil humain. En Perse, on fait dessécher un oeil de brebis égorgée le jour correspondant à la fête d'Abraham, il est ensuite enfermé dans une boule de verre entourée de cire. Ces boules sont portées par les femmes qui les suspendent à leur cou. Elles les portent parfois aussi dans leurs cheveux. En Asie Mineure, lorsqu'une maison n'a pas encore été habitée, on y accroche à la porte un oeil. En France, an portait l'oeil droit d'une belette enchâssé dans une bague pour éviter les dangers de l'aiguillette. On trouve aussi des bagues de fer dans lesquelles sont enchâssés des yeux de loup. A Rhodes, on porte un oeil dont le centre est noir et le tour bleu et jaune.

Marquès-Rivière, qui cite ces éléments, à propos des images pantaculaires, n'en donne pas l'explication. D'ailleurs, il n'en faut envisager de gênérale qu'en tenant compte des autres sens du symbolisme de l'oeil. Dans la tradition judéo-chrétienne, on sait que l'oeil est un emblème de Jéhovah ; on l'inscrit généralement dans un triangle. Cet oeil de Dieu est traduit classi­quement, à l'échelle de l'homme, comme l'oeil de la conscience c'est-à-dire de la conscience morale. Il s'agit certes d'une conscience morale plus apparentée à la peur du surveillant qu'à la saine philosophie. Et c'est là peut-être qu'il faut chercher le sens général du symbole. La contrainte, c'est ,être vu. Le regard pèse sur celui qui est regardé. Autrement dit, l'image de loeil est toute désignée pour que l'inconscient y projette son angoisse son angoisse morale comme les autres, mais souvent sous la forme « peur du châtiment appel du châtiment ». Attaquer l'oeil-image, le menacer du poignard et le faire dévorer par les animaux, c'est neutraliser l'angoisse par une contre-défense. Les pantacles à l'oeil transpercé sont très exactement une défense contre la peur superstitieuse et inexplicable que symbolise le mauvais oeil.

Par ailleurs, on sait que la psychanalyse assigne à l'oeil la valeur d'un symbole féminin. Ce sens n'est pas très éloigné de l'autre dans la mesure où `la femme est l'occasion du péché et l'instrument de la culpabilité à telle enseigne que l'ascèse par la chasteté passe pour rapprocher de Dieu et ''éloigner du Démon ; (les femmes portent des pantacles à base d'oeil parce que pour elles aussi la féminité est l'occasion de péché à telle enseigne que les femmes dites « de bien » croient se rapprocher de Dieu en supprimant en elles toute féminité). Enfin, on sait quelle place importante jouent l'oeil et l'image visuelle dans la conception chrétienne de la décence, de la, chasteté et de la concupiscence.

En un mot, l'oeil est le support magique de la culpabilité. Tout ce qui amoindrit ou blesse l'oeil-pantacle calme l'angoisse. En outre, il faut peut-être attribuer un sens particulier aux différents instruments de cette bles­sure. Les dards atteignant la paupière supérieure sont analogiquement corres­pondants au regard. Les animaux qui menacent la paupière inférieure (la plus passive et la plus intérieure) correspondent analogiquement aux images intérieures et à la concupiscence imaginative.

OEIL D'HORUS ( ou OUDJAT )

C'est le symbole de la divinité et de la plénitude. L'origine de cette représentation vient des violents combats qui opposèrent Horus à Seth pour la royauté d'Egypte . Ce dernier arracha l'oeil de son neveu et le cassa en six morceaux. On tient Horus (fils de Osiris et Isis) pour l'ancêtre des pharaons, qu'on représentait parfois avec la tête d'un faucon.

 OENOMANCIE

Divination par le vin, dont on considère la couleur en le buvant, et dont on remarque les moindres circonstances pour en tirer des présages. Les Perses étaient fort attachés à cette divination.

 OENOTHÈRE

Géant de l'armée de Charlemagne, qui d'un revers de son épée fauchait des bataillons ennemis comme on fauche l'herbe d'un pré.

 OEONISTICE

Divination par le vol des oiseaux.

 ŒUFS

On doit briser la coque des oeufs frais, quand on les a mangés, par pure civi­lité ; aussi cet usage est-il pratiqué par les gens bien élevés, dit M. Salgues; cependant il y a des personnes qui n'ont pas cou­tume d'en agir ainsi. Quoi qu'il en soit, cette loi remonte à une très-haute antiquité. On voit, par un passage de Pline, que les Romains y attachaient une grande importance. L'oeuf était regardé comme l'emblème de la nature, comme une substance mystérieuse et sacrée. On était persuadé que les magiciens s'en servaient dans leurs conjurations, qu'ils le vidaient et traçaient dans l'intérieur des caractères magiques dont la puissance pou­vait opérer beaucoup de mal. On en brisait les coques pour détruire les charmes. Les anciens se contentaient quelquefois de le percer avec un couteau, et dans d'autres moments de frapper trois coups dessus. Les oeufs leur servaient aussi d'augure. Julie, fille d'Auguste, étant grosse de Tibère, désirait ardemment un fils. Pour savoir si ses voeux seraient accomplis, elle prit un oeuf, le mit dans son sein, l'échauffa ; quand elle était obligée de le quitter, elle le donnait à une nourrice pour lui conserver sa chaleur. L'augure fut heureux, dit Pline : elle eut un coq de son oeuf et mit au monde un garçon.

Les druides pratiquaient, dit-on, cette su­perstition étrange; ils vantaient fort une es­pèce d'oeuf inconnu à tout le monde , formé en été par une quantité prodigieuse de serpents entortillés ensemble, qui y contribuaient tous de leur bave et de l'écume qui sortait de leur corps. Aux sifflements des serpents, l'oeuf s'élevait en air; il fallait s'en emparer alors, avant qu'il ne touchât la terre : celui qui l'avait reçu devait fuir ; les serpents couraient tous après lui jusqu'à ce qu'ils fussent arrêtés par une rivière qui coupât leur chemin. Ils faisaient ensuite des prodiges avec cet oeuf. Aujourd'hui on n'est pas exempt de bien des superstitions sur l'oeuf. Celui qui en mange tous les malins sans boire meurt, dit-on , au bout de l'an. Il ne faut pas brûler les coques des oeufs, suivant une croyance populaire su­perstitieuse, de peur de brûler une seconde fois saint Laurent, qui a été brûlé avec de pareilles coques. Albert le Grand nous apprend, dans ses secrets, que la coque d'oeuf, broyée avec du vin blanc et bue, rompt les pierres tant des reins que de la vessie.

 OGRES

Sauf le nom, ces monstres étaient connus des anciens. Polyphème, dans l'Odyssée, n'est autre chose qu'un ogre; on trouve des ogres dans les Voyages de Sindbad le marin; et un autre passage des Mille et une nuits prouve que les ogres ne sont pas étrangers aux Orientaux. Dans le conte du Visir puni, un jeune prince égaré rencontre une dame qui le conduit à sa masure : elle dit en entrant : — Réjouissez-vous, mes fils, je vous amène un garçon bien fait et fort gras.

—Maman, répondent les enfants, où est-il, que nous le mangions ? car nous avons bon appétit.

Le prince reconnaît alors que la femme, qui se disait fille du roi des Indes, est une ogresse, femme de ces démons sauvages qui se retirent dans les lieux abandonnés et se servent de mille ruses pour surprendre et dévorer les passants, comme les sirènes, qui, selon quelques mythologues, étaient certainement des ogresses. C'est à peu près l'idée que nous nous faisons de ces êtres effroyables; les ogres, dans nos opinions, tenaient des trois natures : humaine, animale et infernale. Ils n'aiment rien tant que la chair fraiche; et les petits enfants étaient leur plus délicieuse pâture. Le Drac, si redouté dans le Midi, était un ogre qui avait son repaire aux bords du Rhône, où il se nourrissait de chair humaine. Il paraît que cette anthropophagie est ancienne dans nos contrées, car le chapitre 67 de la loi salique prononce une amende de deux cents écus contre tout sorcier ou stryge qui aura mangé un homme.

Quelques- uns font remonter l'existence des ogres jusqu'à Lycaon, ou du moins à la croyance où l'on était que certains sorciers se changeaient en loups dans leurs orgies nocturnes , et mangeaient , au sabbat , la chair des petits enfants qu'ils pouvaient y conduire. On ajoutait que, quand ils en avaient mangé une fois, ils en devenaient extrêmement friands et saisissaient ardem­ment toutes les occasions de s'eu repaître: ce qui est bien le naturel qu'on donne à l'ogre. On voit une multitude d'horreurs de ce genre dans les procès des sorciers; on appelait ces ogres des loups-garous; et le loup du petit Chaperon-Rouge n'est pas autre chose. Quant à l'origine du nom des ogres, l'auteur des Lettres sur les contes des fées de Ch. Perrault l'a trouvée sans doute. Ce sont les féroces Huns ou Hongrois du moyen âge, qu'on ap­pelait Hunnigours, Oïgours, et ensuite par corruption Ogres.

 OIAROU

Objet du culte des Iroquois. C'est la première bagatelle qu'ils auront vue eu songe, un calumet, une peau d'ours, un couteau, une plante, un animal, etc. Ils croient pouvoir, par la vertu de cet objet, opérer ce qui leur plait, même se transporter et se métamorphoser.

 OLOLYGMANCIE

Divination tirée du hurlement des chiens.

 OMBRIEL

Génie vieux et rechigné, à l'aile pesante, à l’air refrogné

 ONOMANCIE ou ONOMATOMANCIE

Di­vination par les noms. Elle était fort en usage chez les anciens. Les pythagoriciens prétendaient que les esprits, les actions et les succès des hommes étaient conformes à leur destin, à leur génie et à leur nom. On remarquait qu'Hippolyte avait été déchiré par ses chevaux, comme son nom le portait. De même on disait d'Agamemnon, que, sui­vant son nom, il devait rester longtemps devant Troie; et de Priam, qu'il devait être racheté d'esclavage. Une des règles de l'o­nomancie, parmi les pythagoriciens, était qu'un nombre pair de voyelles, dans le nom d'une personne, signifiait quelque imperfection au côté gauche, et un nombre impair quelque imperfection au côté droit. Ils avaient encore pour adage que de deux personnes, celle-là était la plus heureuse dans le nom de laquelle les lettres numérales jointes ensemble formaient la plus grande somme. Ainsi, disaient-ils, Achille devait vaincre Hector, parce que les lettres numéra­les comprises dans le nom d'Achille donnaient une somme plus grande que celles du nom d'Hector. C'était sans doute d'après un principe semblable que, dans les parties de plaisir, les Romains buvaient à la santé de leurs belles autant de coups qu'il y avait de lettres dans leur nom. Enfin, ou peut rapporter à l'onomancie tous les présages qu'on prétendait tirer des noms, soit considérés dans leur ordre naturel, soit décomposés et réduits en anagrammes

 ONYCHOMANCIE

Divination par les ongles. Elle se pratiquait en frottant avec de la suie les ongles d'un jeune garçon, qui les présentait au soleil, et l'on s'imaginait y voir des figures qui faisaient connaître ce qu'on souhaitait de savoir. On se servait aussi d'huile et de cire.

 OOSCOPIE ou OUMANCIE

Divination par les oeufs. Les devins des anciens jours voyaient dans la forme extérieure et dans les figures intérieures d'un oeuf les secrets les plus impénétrables de l'avenir. Suidas prétend que cette divination fut inventée par Orphée.

On devine à présent par l'inspection des blancs d'oeufs; et des sibylles modernes (entre autres mademoiselle Lenormant ) ont rendu cette divination célèbre. Il faut prendre pour cela un verre d'eau, casser dessus un oeuf frais et l'y laisser tomber doucement. On voit par les figures que le blanc forme dans l'eau divers présages. Quelques-uns cassent l'oeuf dans de l'eau bouillante ; on explique alors les signes comme pour le marc de café. Au reste cette divination n'est pas nouvelle; elle est même indiquée par le Grimoire. « L'opération de l'oeuf, dit ce livre, est pour savoir ce qui doit arriver à quelqu'un qui est présent lors de l'opération. On prend un oeuf d'une poule noire, pondu du jour; on le casse, on en tire le germe; il faut avoir un grand verre bien fin et bien net, l'emplir d'eau claire et y mettre le germe de l'eeuf ; on met ce verre au soleil de midi dans l'été, en récitant des oraisons et des conjurations, et avec le doigt on remue l'eau du verre pour faire tourner le germe ; on le laisse ensuite reposer un instant et on regarde sans tou­cher. On voit ce qui aura rapport à celui ou à celle pour qui l'opération se fait. Il faut tâcher que ce soit un jour de travail, parce qu'alors les objets s'y présentent dans leurs occupations ordinaires.

 OPALE

Cette gemme, dédiée à Iris dont elle symbolise l'écharpe ayant toutes les couleurs, a aussi toutes les vertus des autres gemmes. Ceux qui veulent à tout présage une origine historique rapportent (sans malheureusement citer de références) que ladite vertu maléfique de l'opale a pris naissance à la Cour de Russie. L'impératrice, assistant à un assassinat dans la salle même du trône, se pencha sur le corps de la victime; un long sautoir d'opales qu'elle portait ce jour-là trempa dans le sang. L'impératrice refusa désormais de le porter, et la Cour, comme il sied, l'imita sans comprendre, transposant le fait sur le plan de la superstition.

Selon la tradition géomantico-astrologique, l'opale est dédiée à Mercure, elle agirait bénéfiquement sur la perception, les poumons, les nerfs, les intestins et la langue. Elle apporterait donc à celui qui la porte une plus grande habileté, plus d'aisance et un surcroît d'intuition ou de flair, ainsi que la chance au jeu. Elle serait aussi favorable aux médecins qu'aux com­merçants.

 OPALSKI

Sources d'eaux chaudes dans le Kamtschatka. Les habitants s'imaginent que c'est la demeure de quelque démon, et ont soin de lui apporter de légères offrandes pour apaiser sa colère. Sans cela, disent–ils, il soulèverait contre eux de terribles tem­pêtes.

 OPHIOMANCIE

Divination par les serpents. Elle était fort usitée chez les anciens, et consistait à tirer des présages des divers mouvements qu'on voyait faire aux ser­pents. On avait tant de foi à ces oracles, qu'on nourrissait exprès des serpents pour connaître ainsi l'avenir.

 ORACLE

Terme de l'Ecriture. L'oracle, nom du Saint des Saints, c'est-à-dire du lieu le plus sacré dans le temple des Juifs. Dans la Bible (Livre des Rois, 3, 6, 16), les prêtres portèrent l'arche d'alliance du Seigneur .au lieu qui lui avait été destiné, c'est-à dire près de l'oracle du temple, dans le Saint des Saints. Bossuet dit (dans son Histoire, 11, 13) : « L'Eglise par laquelle le Saint-Esprit rendait ses oracles. »

On voit que le mot a changé de sens dans notre langage courant, puis-que nous lui attribuons un sens exclusivement profane, par opposition aux dits des prophètes. En fait, et par étymologie, l'oracle est une chose dite, et devient prophétie lorsqu'elle est écrite — encore que ce dernier mot indi­que lui aussi un processus purement oral.

 ORDALIE

On donnait le nom d'ordalie à une série d'épreuves par les éléments. Elles consistaient à marcher les yeux bandés parmi des socs de charrue rougis au feu, à tra­verser des brasiers enflammés, à plonger le bras dans l'eau bouillante, à tenir à la main une barre de fer rouge, à avaler un morceau de pain mystérieux, à être plongé les mains liées aux jambes dans une grande cuve d'eau, enfin à étendre pendant assez longtemps les bras devant une croix.

 OREILLE

Aux Indes, une tradition assure qu'au moment de l'agonie, le Dieu Ishuara ne manque pas de venir souffler dans l'oreille droite du moribond et de le purifier ainsi de tous ses péchés. Si quelqu'un s'était couché sur l'oreille droite, il se hâtait de se tourner sur l'oreille gauche au moment d'expirer. Cette croyance est à rapprocher de la signification sym­bolique attribuée par les systèmes numérologiques de la Chine à l'oreille droite.

 ORFRAIE

Oiseau messager de Vesta. Il procède analogiquement du symbolisme de l'aigle et de la chouette

 ORNITHOMANCIE

Divination qu'on tirait de la langue, du vol, du cri et du chant des oiseaux.

 OROMASIS

Salamandre distinguée que les cabalistes donnent pour comagnon de Noé dans l'arche.

 OROMAZE

La mythologie persane dit que le dieu Oromaze fit vingt–quatre dieux, et les mit tous dans un oeuf. Arimane, son ennemi, en ayant aussi fait un pareil nom­bre, ceux–ci percèrent l'oeuf, et le mal se trouva alors mêlé avec le bien.

 ORPHÉE

Epoux d'Eurydice, qu'il perdit le jour de ses noces, qu'il pleura si longtemps, et qu'il alla enfin redemander aux enfers. Pluton la lui rendit, à condition qu'il ne re­garderait point derrière lui jusqu'à ce qu'il fût hors du sombre empire. Orphée ne put résister à son impatience : il se retourna et perdit Eurydice une seconde fois et sans retour. Il s'enfonça alors dans un désert, jura de ne plus aimer, et chanta ses douleurs d'un ton si touchant, qu'il attendrit les bêtes féroces. Les bacchantes furent moins sensibles, car sa tristesse le fit mettre en pièces par ces furieuses.

Les anciens voyaient dans Orphée un musicien habile, à qui rien ne pouvait résister. Les compilateurs du moyen âge l'ont regardé comme un magicien insigne, et ont attribué aux charmes de la magie les merveilles que la mythologie attribue au charme de sa voix.

Orphée fut le plus grand sorcier et le plus grand nécromancien qui jamais ait vévu, dit Pierre Leloyer. Ses écrits ne sont farcis que des louanges des diables. Il savait les évoquer. Il institua l'ordre des Orphéotélestes, espèces de sorciers, parmi lesquels Bacchus tenait anciennement pareil lieu que le diable tient aujourd'hui aux assemblées du sabbat. Bacchus, qui n'était qu'un diable déguisé, s'y nommait Sabasius : c'est de là que le sabbat a tiré son nom. Après la mort d'Orphée, sa tête rendit des oracles dans l'île de Lesbos. Tzetzès dit qu'Orphée apprit en Egypte la funeste science de la magie, qui y était en grand crédit, et surtout l'art de charmer les serpents. Pausanias explique sa descente aux enfers par un voyage en Thes­protale, où l'on évoquait par des enchante­ments les âmes des morts. L'époux d'Eury­dice, trompé par un fantôme qu'on lui fit voir pendant quelques instants, mourut de regret, ou du moins renonça pour jamais à la société des hommes et se retira sur les montagnes de Thrace.

Leclerc prétend qu'Orphée était un grand magicien; que ses hymnes sont des évoca­tions infernales; et que, si l'on en croit Apollodore et Lucien, c'est lui qui a mis en vogue dans la Grèce la magie, l'art de lire dans les astres et l'évocation des mânes.

 ORPHEOTELESTES

Gens qui faisaient le sabbat institué par Orphée, comme on vient de le dire.

 ORPHISME

Doctrine initiatique comportant un culte dont plus sieurs éléments se retrouvent dans les rites chrétiens. Par contre, les Orgies (Bacchanales) étaient des fêtes orphiques dans la mesure où l'antiquité grecque rapporta à Orphée à peu près tout ce qui représentait le culte de l'am­pleur et de l'aisance dans la nature.

 OUAHICHE

Génie ou démon, dont les jongleurs iroquois se prétendent inspirés. C'est lui qui leur révèle les choses futures.

 OUIKKA

Mauvais génie qui, chez les Esquimaux, fait naître les tempêtes et renverse les barques.

 OULON—TOYON

Chef des vingt-sept tribus d'esprits malfaisants, que les Yakouts supposent répandus dans l'air et acharnés à leur nuire. II a une femme et beaucoup d'enfants.

 OURS

Quand les Ostiacks ont tué un ours, ils l'écorchent et mettent sa peau sur un arbre auprès d'une de leurs idoles ; après quoi ils lui rendent leurs hommages, lui font de très-humbles excuses de lui avoir donné la mort, et lui représentent que dans le fond ce n'est pas à eux qu'il doit s'en prendre, puisqu'ils n'ont pas forgé le fer qui l'a percé, et que la plume qui a hâté le vol de la flèche appartient à un oiseau étran­ger.

Au Canada, lorsque des chasseurs tuent un ours, un d'eux s'en approche, lui met entre les dents le tuyau de sa pipe, souffle dans le fourneau, et, lui remplissant ainsi de fumée la gueule et le gosier, il conjure l'esprit de cet animal de ne pas s'offenser de sa mort. Mais comme l'esprit ne fait aucune réponse, le chasseur, pour savoir si sa prière est exaucée, coupe le filet qui est sous la langue de l'ours et le garde jusqu'à la fin de la chasse. Alors on fait un grand feu dans toute la bourgade, et toute la troupe y jette ces filets avec cérémonie: s'ils y pétillent et se retirent, comme il doit naturellement arriver, c'est une marque certaine que les esprits des ours sont apaisés; autrement on se persuade qu'ils sont irrités et que la chasse ne sera point heureuse l'année d'après, à moins qu'on ne prenne soin de se les réconcilier par des présents et des invocations.

Le diable prend quelquefois la forme de cet animal. Un choriste de Cîteaux, s'étant légèrement endormi aux matines, s'éveilla en sursaut et aperçut un ours qui sortait du choeur. Cette vision commença à l'effrayer, quand il vit l'ours reparaître et considérer attentivement tous les novices, comme un officier de police qui fait sa ronde…..           Enfin le monstre sortit de nouveau en disant : « Ils sont bien éveillés ; je reviendrai tout à l'heure voir s'ils dorment...» Le naïf légendaire ajoute que c'était le diable, qu'on avait envoyé pour contenir les frères dans leur devoir.

On croyait autrefois que ceux qui avaient mangé la cervelle d'un ours étaient frappés de vertiges, durant lesquels ils se croyaient transformés en ours et en prenaient les manières.

 OXYONES

Peuples imaginaires de Germanie, qui avaient, dit on, la tête d'un homme et le reste du corps d'une bête.