Le Nagualisme

 

 

 D’après La sorcellerie de I. Bertrand – 1899.

 

Au Mexique, on appelait nagual le génie ou démon qui présidait, suivant les initiés, à la naissance d’un enfant.

Les nagualistes, nous disent les missionnaires, et, après eux, l'abbé Brasseur, qui a publié sur le Mexique des travaux très remarquables, se rendaient auprès des indigènes convertis au christia­nisme et les poussaient à apostasier secrètement. Ceux qui se laissaient convaincre devaient commencer par maudire le Christ, la Sainte-Vierge et les saints.

Cela fait, le magicien ou sorcier leur lavait la tête et les parties du corps qui avaient reçu le contact des saintes huiles.

Pour les enfants, la cérémonie magique précé­dait le baptême et en paralysait d'avance les effets, dans la pensée du nagualiste. Elle consistait, pour ce dernier, à tirer du sang de la langue ou de l'oreille du nouveau-né, et à l'offrir au démon sous le patronage duquel il venait de le placer.

Parvenu à l'âge adulte, l'enfant était tenu de ratifier l'engagement pris en son nom. Le nagua­liste le préparait à ce grand acte, le catéchisait et lui faisait entendre que le nagual qui lui avait donné la vie continuerait à le protéger, sous la forme d'un animal, nos yeux mortels n'ayant la faculté de voir les esprits que revêtus d'un corps matériel.

L'adolescent donnait son adhésion avec l'assentiment des membres de sa famille.

L'initiateur le conduisait alors dans un lieu solitaire et offrait un sacrifice au génie, qui se montrait au catéchumène sous l'aspect de l'animal lion, tigre, crocodile ou serpent dont il devait porter le nom nagualique. Les liens qui les unissaient l'un à l'autre étaient si étroits, que le protégé ressentait le contre-coup des blessures reçues par l'animal dont le nagual avait pris la forme.

 

Voici le fait que raconte à ce sujet le R. P. Burgoa:

Le P. Diégo était un religieux de grand courage, et que nul danger n'intimidait. Un jour, il lui arriva de punir avec sévérité un indien qui s'était rendu coupable d'une faute très grave. Le délinquant en éprouva une irritation des plus vives. Résolu de se venger, il se posta sur les bords d'une rivière que le religieux devait tra­verser pour aller confesser un moribond.

Le P. Diégo cheminait tranquillement sur sa monture, occupé à réciter son office, lorsque à peine entré dans l'eau, le cheval se sentit arrêté. Le religieux, bais­sant la tête, aperçu un caïman qui s'efforçait d'entraîner l'animal dans l'eau. A cette vue, donnant des rênes, et invoquant le secours divin, il lança son cheval avec tant de vigueur qu'il traîna hors de la rivière le caïman, que les ruades de la mon­ture et une grêle de coups de bâton ferré appli­qués sur sa tête contraignirent de lâcher prise. Le religieux continua sa route, le laissant étourdi sur le rivage; et son premier mouvement, lorsqu'il débotta, ce fut de raconter ce périlleux incident.

Or, il achevait à peine de confesser son malade, qu'un messager passait, annonçant la mort de l'In­dien qu'il avait puni quelques jours auparavant; le malheureux avait succombé sous les ruades du cheval que montait le P. Diégo. En effet, le reli­gieux s'empressant d'aller aux informations, on trouva le caïman étendu sur le rivage, et l'Indien portait les traces mêmes des coups de pied dont avait péri le caïman, c'est-à-dire son nagual…..