AUBRY Nicole

Fameuse possédée de Laon au seizième siècle.

Boulvèse, professeur d'hébreu au collége de Montaigu, a écrit l'histoire de cette possession qui fit le plus grand bruit en 1566. Nicole Aubry, de Vervins, fille d'un boucher et mariée à un tailleur, allait prier sur le tombeau de son grand-père, mort sans confession; elle crut le voir sortir du tombeau, et lui com­mander de faire dire des messes pour le repos de son âme, qui était dans le purgatoire. Cette jeune femme en tomba malade de frayeur. Comme la maladie ne diminuait pas, on s'imagina que le diable avait pris la forme de Vieilliot, grand-père de Nicole, et qu'elle était maléficiée. Claude Lautrichet, curé, et maître Guillaume Lourdet, maître d'école, conjurèrent l'esprit qui se voulait faire passer pour l'âme ou le bon ange du défunt; mais à ses paroles et à ses effets, dit l'auteur, il fut jugé ange de ténèbres et satanique. Pierre Delamotte, religieux jacobin et grand exorciste, fit avouer à l'esprit qu'il était Belzébut. On ordonna des prières, des jeûnes et des macérations. Un moine se fouetta publiquement pour obtenir l'expulsion du démon. Dans un exorcisme, on fit communier la possédée, et elle cessa de gambader. Un prêtre, transporté de joie, s'écria en parlant au diable : O maître Gonin, te voilà vaincu!... Mais quand une fois l'hostie fut digérée, Satan revint et paralysa les membres de Nicole; elle faillit même d'être emportée par le démon Baltazo. Vingt-neuf autres démons noirs, et sous la forme de chats, gros comme moutons, vinrent renforcer Belzébut. Vingt-six furent chassés à Notre-Dame-de-Liesse; un autre prit la fuite à Pierrepont : mais il déclara que le reste de la meute ne délogerait que devant messire Jean Debourg, évêque et duc de Laon.

Les moines qui étaient à Vervins avec la possédée, la conduisirent à Laon. Un médecin protestant vint la visiter. L'évêque, redoutant ces visites, ordonna à Spifame, chevalier de Saint-Jean, de donner asile à Nicole Aubry. Peu de jours après, il exorcisa en personne, et chassa Astaroth, qui sortit sous la forme d'un porc, Cerberus sous la forme d'un chien, et enfin Belzébut sous la forme d'un taureau, lequel confessa la pré­sence réelle dans l'eucharistie; puis après il s'éleva une fumée; on entendit deux coups de tonnerre; un brouillard épais entoura les clochers; et le diable disparut dans ce brouillard.

Nicole Aubry étant presque morte, elle fut rendue à la santé par une oraison que saint Bernard avait composée, et que l'évêque récita sur sa tête. Après cela, pour se disposer à lui pendre au cou un papier préservatif, il jeûna toute la journée, suivant l'histoire, chose admirable pour un duc et pair ecclésiastique. Charles IX étant à Laon, le mardi 27 août 1566, se fit rendre compte de ces miracles. Il ordonna qu'on fît venir Nicole Aubry au parc de Marchais. Cette femme parut devant le roi et Caherine de Médicis. Le roi fit donner dix écus au mari de Nicole, et l'affaire n'eut pas d'autres résultats.