BENEDICTE

Saint Grégoire le Grand rapporte que le diable se transforma un jour en laitue, et qu'une jeune religieuse le mangea en salade, ce qui eut de graves suites. La religieuse n'avait pas dit son bénédicité : elle se trouva possédée du démon; mais le saint homme Equitius la délivra; et la Légende dorée observe que, dans les exorcismes, on demanda au diable pourquoi il était entré dans le corps de la jeune vierge; à quoi le diable répondit : « Je n'y suis point entré; j'étais assis sur une laitue, elle m'a mordu et avalé. » Cette circonstance dément un peu saint Grégoire.

On lit ailleurs qu'un capucin entra dans un cabaret, malgré les défenses du prieur, et se mit à boire sans avoir préalablement fait le signe de la croix. Le diable, qui le guettait se jeta dans son corps, sous la forme d'un demi-setier de vin, et rendit le capucin si pesant, qu'il fallut dix hommes pour l'emporter. Il fut délivré par saint Dominique.

Un enfant qui avait soif demanda à boire, sans que personne lui en donnât. Le diable en eut pitié, il prit une forme humaine, pour ne pas effrayer le petit bonhomme, et lui apporta un verre d'eau. Comme l'enfant était pressé, il but ce qu'on lui présentait sans songer à faire le signe de la croix, et sans dire son béné­dicité. Le diable, stupéfait de cette négligence, se rapetissa aus­sitôt, et entra.dans le corps du marmot pour lui apprendre à être plus circonspect à l'avenir, et à ne point négliger ses dévotions. Les parens, voyant leur fils possédé, l'interrogèrent, et connurent bientôt la cause de cet accident. Ils le conduisirent donc à saint Euchaire, qui se hâta de bénir un second verre d'eau, et le fit boire au petit démoniaque. Incontinent le diable se retira.

Une jeune nonne était si véhémentement tracassée par le diable, qu'elle excitait la pitié de toutes les soeurs. Ce n'étaient point de ces espiègleries qui ne font qu'exercer la foi et la patience, c'étaient des tourmens insupportables. L'esprit immonde se jetait impudemment sur son lit, la serrait dans ses bras, et lui faisait toutes sortes de violences. On avait inutilement consulté les experts; tous les remèdes spirituels étaient sans effet; et les prières, les confessions, les signes de croix ne dérangeaient pas le démon obstiné. La religieuse s'adressa enfin à un pieux personnage, qui lui donna ce conseil : « Quand le diable voudra s'approcher de vous, dites le bénédicité, vous serez débarrassée à coup sûr. » La soeur suivit cette ordonnance; et véritablement le diable fut obligé de reculer. On dit même qu'il n'osa plus revenir.