FLAXBINDER

Le professeur Hanov, bibliothécaire à Dantzick, après avoir com­battu les apparitions et les erreurs des diffé­rents peuples touchant les revenants et les spectres, raconte toutefois le fait suivant :

« Flaxbinder, plus connu sous le nom de Johannes de Curiis, passa les années de sa jeunesse dans l'intempérance et la débauche. Un soir, tandis qu'il se plongeait dans l'i­vresse des plus sales plaisirs, sa mère vit un spectre qui ressemblait si fort, par la figure et la contenance, à son fils, qu'elle le prit pour lui-même. Ce spectre était assis près d'un bureau couvert de livres, et paraissait profondément occupé à méditer et à lire tour à tour. Persuadée qu'elle voyait son fils, et agréablement surprise, elle se livrait à la joie que lui donnait ce changement inat­tendu, lorsqu'elle entendit dans la rue la voix de ce même Fiaxbinder, qui lui semblait être dans la chambre. Elle fut horriblement effrayée. On le serait à moins. Cependant, ayant observé que celui qui jouait le rôle de son fils ne parlait pas, qu'il avait l'air som­bre, hagard et taciturne, elle conclut que ce devait être un spectre; et, cette conséquence redoublant sa terreur, elle se hâta de faire ouvrir la porte au véritable Flaxbinder. Il entre, il approche; le spectre ne se dérange pas. Flaxbinder pétrifié à ce spectacle, forme, en tremblant, la résolution de s'éloigner du vice, de renoncer à ses désordres, d'étudier enfin et d'imiter le fantôme. A peine a-t-il conçu ce louable dessein que le spectre sou­rit d'une manière un peu farouche, comme font les savants, ferme les livres et s'en­vole... »