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CHAPITRE 82 1.Et maintenant, mon fils Mathusalem, je
t'ai fait part de toutes les visions que j'ai vues avant toi. J'en eus encore
deux autres avant de me marier, et l'une d'elles ne ressemblait pas à l'autre.
2.La première m'apparut pendant que j'étais occupé à lire ; et la seconde
quelque temps avant d'épouser ta mère. C'étaient deux importantes visions.
3.Au sujet desquelles j'interrogeai le Seigneur. 4.Je reposais dans ma
maison de mon aïeul Malaleel, et je vis le ciel brillant et radieux. 5.Et je
me prosternai, et je vis la terre dévorée par un grand gouffre, et des montagnes
suspendues au-dessus des montagnes. 6.Des collines tombaient sur les
collines, les arbres les plus hauts se fendaient dans toute leur hauteur, et ils
étaient précipités dans l'abîme et descendaient au fond. 7.A la vue de ce
chaos, ma voix balbutiait. Je m'écriai : C'en est fait de la terre. Alors mon
aïeul Malaleel me releva, et me dit : Pourquoi t'écries-tu, mon fils, pourquoi
te lamentes-tu ? 8.Je lui racontai la vision que j'avais eue, et il me dit :
Ce que tu as vu est grave, mon fils. 9.Et la vision que tu as eue est
frappante ; elle se rapporte évidemment aux péchés de la terre, que l'abîme doit
dévorer. Oui, il arrivera une grande catastrophe. 10.C'est pourquoi, ô mon
fils, lève-toi et implore le Dieu de gloire, car tu es fidèle, et pour qu'il
laisse quelques personnes sur la terre, et que les hommes ne périssent pas tous.
Mon fils, la catastrophe viendra du ciel sur la terre ; et ce sera une grande
ruine. 11.Alors je me levai et je suppliai le Seigneur ; j'écrivis mes
prières pour les générations du monde, donnant à mon fils Mathusala toutes les
explications qu'il pouvait désirer. 12.Et quand je fus sorti, et que j'eus
vu le soleil se levant à l'orient, la lune descendant à l'occident, toutes les
étoiles que Dieu a créées s'avançant majestueusement dans le ciel, alors je
célébrai le Seigneur de toute justice, j'exaltai son Saint Nom, parce qu'il
avait fait surgir le soleil aux fenêtres de l'orient ; il monte et s'élève à la
face du ciel et il parcourt sa brillante carrière.
CHAPITRE 83 1.Et j'élevai les mains au ciel et je louai
le Saint et le Très-Haut. Et j'ouvris la bouche, et me servant de la langue que
Dieu a donnée à tous les enfants des hommes, pour servir d'instrument à leurs
pensées, je le célébrai en ces termes : 2.Tu es béni, Seigneur, roi puissant
et sublime, seigneur de toutes les créatures du ciel, Roi des rois, Dieu de tout
l'univers, dont le règne, la domination et la majesté n'auront jamais de fin.
3.De siècle en siècle ton règne subsistera. Les cieux constituent ton trône
à jamais, et la terre est ton marchepied d'éternité en éternité. 4.Car c'est
toi qui les as faites, c'est toi qui les gouvernes. Rien ne peut se soustraire à
ta puissance infinie. Avec toi la sagesse est immuable : elle veille sans cesse
auprès de ton trône. Tu connais, tu vois, tu entends tout, rien ne peut se
soustraire à ton puissant regard, car ton œil est partout ! 5.Voici les
anges qui ont transgressé tes commandements ; et ta colère plane sur la chair de
l'homme, jusqu'au grand jour du jugement. 6.Or, Seigneur, mon Dieu, roi
puissant et clément, je t'implore, je te supplie ; exauce mes prières ; que ma
postérité se perpétue sur la terre, que le genre humain ne périsse pas tout
entier ! 7.N'abandonne point la terre désolée, et qu'elle ne soit point
détruite à jamais ! 8.O Seigneur, extermine de la face de la terre la chair
qui t'a offensé. Mais conserve la race des justes pour la perpétuer à jamais. O
Seigneur ne détourne point ta face de ton serviteur.
CHAPITRE 84 1.Ensuite j'eus une autre vision, que je
vais encore t'expliquer, ô mon fils. Et Énoch se leva et dit à son fils
Mathusala : Laisse-moi t'entretenir, ô mon fils. Écoute la parole de ma bouche,
et prête l'oreille à la vision et au songe de ton père. Avant d'épouser ta mère,
j'eus une vision dans mon lit. 2.Voici un taureau sortant de la terre.
3.Et ce taureau était blanc. 4.Ensuite sortit une génisse, et avec elle
deux jeunes veaux, dont l'un était noir et l'autre rouge. 5.Le noir frappa
le rouge et le poursuivait par toute la terre. 6.Dès ce moment je m'aperçus
plus le veau rouge ; mais le noir survint à une extrême vieillesse, et il y
avait avec lui une génisse. 7.Ensuite je vis beaucoup de taureaux nés de ce
couple, qui leur ressemblaient et qui les suivaient. 8.Et la première
génisse sortit de la présence du premier taureau ; et elle chercha le veau
rouge, mais elle ne le trouva point. 9.Et elle poussait des gémissements
lamentables, en le cherchant. 10.Et elle continua ses cris jusqu'à ce que le
taureau s'approcha d'elle ; dès ce moment elle cessa de se plaindre et de
gémir. 11.Et puis elle mit au monde un taureau blanc. 12.Et après
celui-ci beaucoup d'autres taureaux et d'autres génisses. 13.Je vis encore
dans mon songe un bœuf blanc, qui grandit de la même manière, et finit par
devenir un grand bœuf blanc. 14.Et de lui sortirent beaucoup d'autres bœufs
qui lui étaient semblables. 15.Et ils commencèrent à produire d'autres bœufs
blancs, qui leur étaient semblables, et ils se succédaient les uns aux autres.
CHAPITRE 85 1.Je levai encore les yeux, et je vis le
ciel au-dessus de ma tête. 2.Et voici qu'une étoile tomba du ciel. 3.Et
elle se dressait au milieu de ces taureaux et paraissait paître avec eux.
4.Ensuite je vis d'autres taureaux grands et noirs ; et voici qu'ils
changeaient sans cesse de pâturages et d'étables, lorsque leurs jeunes veaux
commencèrent à se lamenter avec eux ; et en regardant encore au ciel, je voyais
beaucoup d'autres astres qui redescendaient et se précipitaient vers cette
étoile unique. 5.Au milieu des jeunes veaux, les taureaux étaient avec eux
et paissaient avec eux. 6.Je regardai et j'admirai ces choses, et voici que
les taureaux commencèrent à entrer en feu et à monter sur les génisses ;
celles-ci ayant conçu, mirent au monde des éléphants, des chameaux et des ânes.
7.Et les taureaux étaient épouvantés de cette génération monstrueuse, et
aussitôt ils se mirent à les mordre et à les frapper de leurs cornes. 8.Et
les éléphants dévorèrent les taureaux, et voici que tous les enfants de la terre
frémissaient à ce spectacle et fuyaient épouvantés.
CHAPITRE 86 1.Je les regardai encore, et je les vis se
frapper les uns les autres, se dévorer, et j'entendis la terre qui en gémissait.
Alors je tournai une seconde fois mes regards vers le ciel, et dans une seconde
vision, je vis sortir des hommes semblables à des hommes blancs. Il y en avait
un, et trois autres qui l'accompagnaient. 2.Ces trois hommes qui sortirent
les derniers, me prirent par la main, et m'élevant au-dessus de la terre et de
ses habitants, me conduisirent dans un lieu élevé. 3.Et de là ils me
montrèrent une haute tour environnée de collines plus basses ; et ils me
dirent : Reste ici, jusqu'à ce que tu voies ce qui doit arriver par ces
éléphants, ces chameaux et ces ânes, ces astres et toutes ces génisses.
CHAPITRE 87 1.Alors j'aperçus celui de ces quatre hommes
blancs qui était sorti le premier. 2.Et il saisit la première étoile qui
était tombée du ciel. 3.Et il lui lia les pieds et les mains, et la jeta
dans une vallée, vallée étroite, profonde, horrible et ténébreuse. 4.Alors
un des quatre tira un glaive et le donna aux éléphants, aux chameaux et aux
ânes, qui commencèrent à s'en frapper mutuellement ; et toute la terre en
frémit. 5.Et dans ma vision, voici : je vis un des quatre hommes qui étaient
descendus du ciel, qui rassembla et saisit toutes les grandes étoiles, dont les
parties sexuelles étaient semblables aux parties sexuelles des chevaux, et il
les jeta toutes, pieds et mains liés, dans les cavernes de la terre.
CHAPITRE 88 1.Alors un des quatre hommes s'approcha des
autres taureaux, et leur enseigna des mystères tels, qu'ils en tremblaient. Et
un homme naquit, et il bâtit un grand navire. Il habitait dans ce navire, et
avec lui trois taureaux et une couverture se fit au-dessus d'eux. 2.Je levai
de nouveau mes regards au ciel, et j'aperçus une grande voûte ; et il y avait
au-dessus sept cataractes qui versaient des torrents de pluie dans un village.
3.Je regardai encore, et voici que les fontaines de la terre se répandaient
sur la terre dans ce village. 4.Et l'eau commença à tourbillonner et à
monter sur la terre, en sorte que je ne pouvais plus apercevoir ce village,
parce qu'il était tout couvert d'eau. 5.Il y avait en effet beaucoup d'eau,
de ténèbres et de nuages ; et voici que la hauteur de l'eau surpassait la
hauteur de tous les villages. 6.L'eau les couvrait en entier, et enveloppait
la terre. 7.Et tous les taureaux qui y étaient réunis furent submergés et
périrent dans les eaux. 8.Mais le navire flottait sur la surface de ces
mêmes eaux. Cependant tous les taureaux, les éléphants, les chameaux et les
ânes, et les troupeaux périssaient dans cette immense inondation ; ils
disparaissaient engloutis, et je ne pouvais plus les voir dans l'abîme d'où ils
ne pouvaient plus se retirer. 9.Je regardai encore, et voici les cataractes
qui cessèrent de tomber d'en haut, et les fontaines de la terre de couler, et
les abîmes s'entrouvrirent. 10.Et les eaux s'y précipitèrent, et la terre
apparut. 11.Et le navire s'arrêta sur la terre, les ténèbres se dissipèrent
et la lumière apparut. 12.Alors, le bœuf blanc, qui avait été fait homme,
sortit de l'arche, et avec lui trois taureaux. 13.Et un des trois taureaux
était blanc, et semblable à ce bœuf ; un autre était rouge comme du sang, et le
troisième était noir ; et le taureau blanc se retira des autres. 14.Et les
bêtes des champs, et les oiseaux commencèrent de se multiplier. 15.Et les
différentes espèces de ces animaux se rassemblèrent, les lions, les tigres, les
loups, les chiens, les sangliers, les renards, les chameaux et les porcs.
16.Les sirets, les milans, les vautours, les congas et les corbeaux.
17.Et parmi eux naquit un bœuf blanc. 18.Et ils commencèrent à se mordre
les uns les autres ; et le bœuf blanc, qui était né parmi eux, engendra un
onagre et un bœuf blanc, et ensuite plusieurs onagres. Et le bœuf blanc qui fut
aussi engendré par lui, engendra à son tour un sanglier noir et une brebis
blanche. 19.Le sanglier engendra beaucoup d'autres sangliers. 20.Et la
brebis engendra douze autres brebis. 21.Quand ces douze brebis furent
grandes, elles en vendirent une d'entre elles à des ânes. 22.Et les ânes
vendirent la brebis à des loups. 23.Et elle grandissait parmi eux.
24.Alors le Seigneur amena les autres brebis pour habiter avec la première
et paître avec elle au milieu des loups. 25.Et elles se multiplièrent, et
leurs pâturages étaient en abondance. 26.Mais les loups commencèrent à les
épouvanter et à les persécuter, et ils exterminaient leurs petits. 27.Et ils
les placèrent dans les profondeur d'un grand fleuve. 28.Alors les brebis
commencèrent à se lamenter à cause de la perte de leurs petits, et à se tourner
vers leur Seigneur ; une d'elles cependant parvint à s'échapper et se retira
parmi les onagres. 29.Et je vis les brebis gémissant, priant et implorant le
Seigneur. 30.De toutes leurs forces, jusqu'à ce que le Seigneur descendît à
leurs cris du haut de son séjour céleste et daignât les visiter. 31.Et il
appela la brebis, qui avait échappé à la dent des loups, et lui enjoignit
d'aller trouver ces loups meurtriers, et de les avertir de ne plus offenser les
brebis. 32.Alors la brebis alla trouver les loups, forte de la parole du
Seigneur, et une autre brebis vint au-devant de la première et marcha avec elle.
33.Et toutes deux étant entrées dans la demeure des loups leur défendirent
de persécuter encore les brebis. 34.Ensuite je vis les loups opprimant de
plus en plus le troupeau de brebis. Et les brebis crièrent encore vers le
Seigneur, et le Seigneur descendit au milieu d'elles. 35.Et il commença à
exterminer les loups, qui hurlaient ; mais les brebis gardaient le silence et ne
poussaient plus de cris. 36.Et voici que je vis qu'elles émigrèrent du pays
des loups. Les yeux de ces loups étaient aveuglés, et ils sortirent et ils
poursuivirent les brebis de toutes leurs forces. Mais le Seigneur des brebis
marchait avec elles et les conduisait. 37.Et toutes les brebis le suivaient.
38.Son visage était terrible ; son aspect brillant et magnifique. Cependant
les loups commencèrent à poursuivre les brebis, jusqu'à ce qu'ils les eurent
atteintes au bord d'une grande mer. 39.Alors la mer fut divisée, et les eaux
se tinrent de chaque côté, comme un mur. 40.Et le Seigneur des brebis, qui
les conduisait, se plaça entre elles et les loups. 41.Cependant les loups
n'apercevaient point les brebis, mais ils les poursuivaient jusqu'au milieu de
la mer, et alors les eaux se refermèrent derrière eux. 42.Mais dès qu'ils
virent le Seigneur, ils se retournèrent pour fuir de devant sa face. 43.Mais
alors les eaux se réunirent d'après les lois naturelles ; et elles engloutirent
les loups. Et je vis tous ceux qui avaient poursuivi les brebis, submergés dans
les flots. 44.Mais pour les brebis, elles passèrent la mer, et s'avancèrent
dans ce désert qui n'avait ni arbre, ni eau, ni verdure. Et elles commencèrent à
ouvrir les yeux et à voir. 45.Et je vis le Seigneur de ces brebis vivre avec
elles, et leur fournir les eaux nécessaires, 46.Avec la brebis qui
conduisait les autres. 47.Et cette brebis monta sur le sommet d'un rocher
élevé, et le Seigneur des brebis l'envoya vers les autres. 48.Et je vis le
Seigneur de ces brebis au milieu d'elles, et son visage était sévère et
terrible. 49.Et dès qu'elles l'eurent aperçu, les brebis furent épouvantées.
50.Et toutes tremblantes elles envoyèrent la brebis qui les conduisait, et
celle qui était avec elle et elles lui disait : Nous ne pouvons ni rester devant
le Seigneur, ni le regarder en face. 51.Alors la brebis, qui les conduisait,
remonta de nouveau sur le sommet de la montagne. 52.Et les autres brebis
commencèrent à être aveuglées, et à s'égarer dans la voie que leur avait montrée
la brebis. Mais celle-ci n'en savait rien. 53.Et le Seigneur était courroucé
contre elles ; et quand la brebis apprit ce qui se passait au pied de la
montagne, 54.Elles en descendit à la hâte, et s'étant approchée d'elles,
elle en trouva beaucoup, 55.Qui étaient aveuglées, 56.Et qui avaient
quitté leur voie. Et quand les autres brebis l'aperçurent, elle craignaient et
tremblaient en sa présence. 57.Et elles désiraient revenir à leur étable.
58.Alors cette brebis, conduisant les autres brebis avec elle, s'approcha de
celles qui s'étaient égarées, 59.Et elle commença à les frapper ; et elles
étaient épouvantées en sa présence. Alors elle ramena au bercail celles qui
s'étaient égarées. 60.Je vis aussi dans une vision, que cette brebis se
faisait homme, et il bâtit au Seigneur une bergerie, et il les y établit.
61.Je vis encore tomber une brebis qui était venue au-devant de celle qui
était le conducteur des autres. Je vis enfin périr un grand nombre d'autres
brebis, leurs petits grandir à leur place, entrer dans un pâturage nouveau et
venir au bord d'un fleuve. 62.Et la brebis qui les avait conduites et qui
était devenue homme, se sépara d'elles et mourut. 63.Et toutes les brebis la
cherchaient, et l'appelaient avec des cris lamentables. 64.Et je vis aussi
qu'elles cessèrent de la pleurer, et qu'elles franchirent les eaux d'un fleuve.
65.Là s'élevèrent d'autres brebis, pour remplacer celles qui étaient mortes,
et qui les avaient conduites auparavant. 66.Enfin je les vis entrer dans ce
lieu fortuné, dans une terre de bénédiction et de joie. 67.Elles s'y
rassasiaient ; et leurs bergeries étaient élevées sur cette terre bienheureuse,
et leurs yeux étaient tantôt ouverts, tantôt aveuglés, jusqu'à ce qu'une brebis
se levât au milieu d'elles, et les conduisît de telle sorte qu'elle les ramena
toutes et leur ouvrit les yeux. 68.Mais les chiens, les renards et les
sangliers commencèrent à les dévorer, jusqu'à ce qu'une autre brebis devint la
ruine du troupeau, et le bélier qui les conduisit. Ce bélier commença en effet à
frapper de ses cornes les chiens, les renards et les sangliers, et à les
exterminer tous. 69.Mais la première brebis en ouvrant les yeux vit la
gloire du bélier pâlir et s'éteindre. 70.Car il commença à frapper aussi les
brebis, à les persécuter, et à oublier toute sa dignité. 71.Alors le
seigneur envoya cette première brebis à une autre brebis, pour l'élever comme le
bélier et le conducteur du troupeau en place de celle qui a terni sa gloire.
72.Elle y alla et lui parla et l'institua bélier ; et les chiens ne
cessaient de vexer les brebis. 73.Et le premier bélier persécutait le
second. 74.Alors celui-ci se leva, et s'enfuit de devant la face du premier
bélier. Et je vis des chiens qui maltraitaient ce premier bélier. 75.Mais le
second se leva, et il conduisait les jeunes brebis. 76.Et il engendra
beaucoup d'autres brebis, mais enfin il succomba. 77.Et il eut pour
successeur un jeune bélier qui devint le chef et le conducteur du troupeau.
78.Et sous lui, les brebis croissaient et se multipliaient. 79.Et tous
les chiens, les renards et les sangliers le craignaient et fuyaient de devant
lui. 80.Car ce bélier frappait et mettait en déroute toutes les bêtes
féroces, en sorte qu'ils leur étaient désormais impossible d'opprimer les brebis
ou d'en ravir une seule. 81.Et la bergerie devint grande et magnifique, et
on y éleva une haute tour au moyen de ces brebis. 82.La bergerie était peu
élevée, mais la tour était fort haute. 83.Et le Seigneur des brebis se plaça
en cette tour, et voulut qu'on lui dressât une table magnifique. 84.Mais je
vis bientôt que les brebis commencèrent à errer de nouveau, à suivre diverses
routes et à abandonner leur bergerie. 85.Et le Seigneur en appela
quelques-unes et les envoya vers les autres. 86.Mais celles-ci commencèrent
à tuer les premières. Une d'elles cependant parvint à éviter le châtiment dont
on la menaçait, et prenant la fuite, prêcha contre ceux qui voulaient la tuer.
87.Et le Seigneur des brebis la délivra de leurs mains, la fit monter et
asseoir auprès de moi et y rester. 88.Il envoya encore à ces brebis
prévaricatrices de ses commandements, d'autres brebis, pour avoir des témoins
contre elles. 89.Je vis encore que ces brebis, en abandonnant le Seigneur,
et la tour élevée en son honneur, erraient en aveugles en des régions inconnues.
90.Enfin je vis le Seigneur lui-même se venger, car il en faisait un grand
carnage ; mais elles crièrent vers lui ; alors il abandonna son temple et les
laissa en la puissance des lions, des tigres, des loups, des renards et de toute
espèce de bêtes. 91.Et ces bêtes commencèrent à les déchirer. 92.Je vis
aussi que le Seigneur, qu'elles avaient abandonné, les livrait à des lions
féroces et cruels, et à toute espèce de bêtes. 93.Alors je criai de toutes
mes forces, et j'implorai le Seigneur pour ces brebis que dévoraient toute
espèce de bêtes féroces. 94.Mais il ne répondit point, et il regardait d'un
œil satisfait ces brebis qu'on dévorait, qu'on exterminait. Enfin il appela
soixante-dix pasteurs et leur donna le soin de veiller sur le troupeau.
95.Et il leur dit : Que chacun de vous veille sur les brebis, et qu'il fasse
ce que je lui commanderai ; je vous en donnerai à chaque un certain nombre à
conduire. 96.Et celles que je vous dirai d'exterminer, vous les
exterminerez ; et il les leur livra. 97.Alors il en appela un autre et lui
dit : Comprends et fais attention à tout ce que les pasteurs feront à ces
brebis ; car ils en feront périr beaucoup plus que je ne leur en désignerai.
98.Et toute transgression, tout meurtre que les pasteurs commettront, sera
noté ; c'est-à-dire qu'il faudra indiquer celles qu'ils auront tuées par mon
ordre, et celles qu'ils auront fait périr de leur propre autorité. 99.Tout
meurtre commis par les pasteurs leur est compté. Ne manque donc pas d'écrire
combien de brebis ils auront fait périr de leur propre autorité, combien ils en
auront livré au supplice, afin que ce compte soit contre eux un témoignage, que
je sache tout ce qu'ils auront fait ; s'ils ont exécuté mes ordres, ou s'ils ont
négligé de les accomplir. 100.Mais qu'ils ignorent ce que je te commande ;
ne leur ouvre point les yeux ; ne leur donne point d'avertissement ; mais
compte avec soin tous les meurtres qu'ils commettront, et donnes-en-moi une
connaissance exacte. Et je vis comment ces pasteurs gouvernaient le troupeau
chacun son temps. Et ils commencèrent à tuer plus de brebis qu'ils n'en devaient
faire périr. 101.Et ils abandonnèrent les brebis dans la puissance des lions,
en sorte que plusieurs d'entre elles furent dévorées par les lions et par les
tigres ; et que les sangliers se jetèrent sur elles, brûlèrent la tour consacrée
au Seigneur et détruisirent la bergerie. 102.Et je fus bien chagrin de
l'incendie de cette tour, et de la ruine de la bergerie. 103. Car ensuite il
me fut impossible de la voir. 104. Quant aux pasteurs et leurs complices, ils
livraient eux-mêmes les brebis à toutes les bêtes féroces, pour les faire
dévorer. Chacune d'elles leur était livrée à son tour, et en son temps. Or,
chacune aussi était inscrite dans un livre ; et toutes celles qui périssaient y
étaient soigneusement notées. 105. Cependant chaque pasteur en faisait périr
bien plus qu'il ne le devait. 106. Alors je commençai à pleurer et à
m'indigner sur le sort misérable de ces brebis. 107. Et je vis dans ma vision
comment celui qui écrivait, notait jour après jour les meurtres commis par les
pasteurs ; comment il monta, se présenta au Seigneur des brebis et lui donna le
livre qui renfermait le compte exact de tout ce que les pasteurs avaient fait,
la note de tous ceux qu'ils avaient fait périr. 108. Et de tout le mal qu'ils
avaient commis. 109. Et le livre fut lu devant le Seigneur des esprits, qui,
étendant la main, le signa et puis le déposa. 110. Ensuite je vis comment les
pasteurs avaient l'empire pendant douze heures. 111. Et voici que trois de
ces brebis revenues de la captivité, retournèrent et rentrèrent dans le lieu de
la bergerie, et commencèrent à relever tout ce qui y avait été détruit. 112.
Mais les sangliers les en empêchaient, mais leurs efforts étaient
inutiles. 113. Et les brebis continuèrent à édifier, comme auparavant, et
relevèrent la tour qu'on nomma la tour haute. 114. Et ils recommencèrent à
placer une table devant la tour, mais le pain qu'ils y placèrent était impur et
pollué. 115. De plus, toutes les brebis étaient aveuglées ; elles ne
pouvaient voir, pas plus que les pasteurs. 116. Les pasteurs les livraient
aussi pour les faire périr en grand nombre. 117. Mais le Seigneur des brebis
se taisait, et toutes les brebis furent entraînées. Pasteurs et brebis, tout
était confondu, et nul ne les défendait des attaques des bêtes sauvages. 118.
Alors celui qui écrivait le livre, monta et le remit au Seigneur des brebis.
Mais en même temps il le pria pour elles, en portant témoignage contre les
pasteurs qui les avaient fait périr. Et après avoir déposé le livre, il s'en
alla.
CHAPITRE 89 1.Et je remarquai comment trente-sept
pasteurs reprirent soin du troupeau jusqu'à ce que chacun disparût à son tour,
comme les premiers. Alors les brebis furent confiées à d'autres pasteurs, qui
les gardèrent chacun un certain temps. 2.Puis j'aperçus dans ma vision tous
les oiseaux du ciel qui accouraient, les aigles, les milans et les corbeaux. Et
les aigles conduisaient tous les autres. 3.Et ils commencèrent à dévorer les
brebis, à leur crever les yeux avec leurs becs, et à se nourrir de leur chair.
4.Et les brebis poussaient des cris lamentables, de se sentir ainsi dévorer.
5.Et je criais aussi, et je gémissais dans mon sommeil contre le pasteur
chargé de la garde du troupeau. 6.Et je vis les brebis dévorer par les
chiens, par les aigles et les vautours. Leur chair, leur peau, leurs muscles,
tout était consommé ; il ne leur restait que les os, qui tombaient à terre. Et
le nombre des brebis diminuait considérablement. 7.Et je vis ensuite
vingt-trois pasteurs placés à la tête du troupeau, et dont les temps respectifs
accumulés forment cinquante-huit âges. 8.Alors les agneaux furent mis au
monde par les brebis blanches, et ils commencèrent à ouvrir les yeux et à voir,
et à appeler leurs mères. 9.Mais les brebis ne les regardaient pas,
n'écoutaient point leurs plaintes ; mais elles étaient sourdes, aveugles et
endurcies. 10.Et j'aperçus dans ma vision les corbeaux qui s'abattaient sur
ces agneaux. 11.Qui les saisissaient, et qui dévoraient les brebis après les
avoir déchirées. 12.Je vis aussi les cornes de ces agneaux s'accroître, mais
les corbeaux cherchaient à les ébranler. 13.Voici enfin qu'une grande corne
poussa sur la tête d'une de ces brebis, et les yeux de toutes les autres furent
ouverts. 14.Et la première les regardait, et leurs yeux furent ouverts, et
elle les appelait. 15.Les bœufs la voyant, se précipitèrent sur elle.
16.Cependant les aigles, les milans, les corbeaux et les vautours
continuèrent à persécuter les brebis, volant sur elles et les dévorant. Et les
brebis se taisaient, mais les bœufs se lamentaient et poussaient des
gémissements. 17.Alors les corbeaux luttèrent avec elle. 18.Cherchant à
briser la corne, mais leurs efforts étaient inutiles. 19.Et je regardai
jusqu'à ce que vinrent les pasteurs, les aigles, les milans et les vautours,
20.Qui poussaient les corbeaux à briser la corne de ce bœuf, et qui
combattaient avec lui. Mais il soutenait leur choc et demandait du secours.
21.Alors je vis venir l'homme qui avait inscrit les noms des pasteurs, et
qui était monté en la présence du Seigneur des brebis. 22.Il vint porter du
secours au bœuf, et annonça à tous qu'il était venu porter du secours au bœuf.
23.Et voici que le Seigneur des brebis descendit enflammé de colère, et tous
ceux qui l'aperçurent s'enfuirent. Les autres se prosternèrent dans son
tabernacle, et les aigles, les milans, les corbeaux et les vautours se réunirent
et entraînèrent avec eux toutes les brebis des champs. 24.Tous se réunirent
et cherchèrent à briser la corne du bœuf. 25.Alors je vis l'homme qui
écrivait par l'ordre du Seigneur, prendre le livre de la destruction accomplie
par les douze derniers pasteurs, et il prouva qu'ils avaient fait périr plus de
monde que ceux qui les avaient précédés. 26.Je vis encore venir à eux le
Seigneur des brebis, tenant en sa main le sceptre de sa colère, en frapper la
terre, qui s'entrouvrit, et les bêtes et les oiseaux du ciel cessèrent de
persécuter les brebis, et tombèrent dans les gouffres béants de la terre, qui se
referma sur eux. 27.Je vis aussi donner une grande épée aux brebis, qui
poursuivaient à leur tour les bêtes sauvages, et les exterminaient. 28.Mais
toutes les bêtes et tous les oiseaux du ciel se retirèrent de devant leur face.
29.Etje vis un trône élevé dans une région fortunée, 30.Sur lequel
siégeait le Seigneur des esprits, qui prit tous les livres, 31.Et les
ouvrit. 32.Alors le Seigneur appela les sept premiers hommes blancs, et leur
ordonna d'amener la première étoile, qui avait précédé toutes les autres, dont
les parties sexuelles étaient semblables aux parties sexuelles des chevaux, qui
enfin était tombée la première, et tous l'amenaient devant lui. 33.Et il dit
à l'homme qui écrivait en sa présence, et qui était un des sept hommes blancs :
Prends ces soixante-dix pasteurs, auxquels j'ai confié les brebis, et qui en ont
fait périr beaucoup plus que je ne l'avais ordonné. Et voici ; je les vis
enchaînés et debout devant lui. Et on commença par juger les étoiles, et elles
furent reconnues coupables, et amenées au lieu du jugement ; et on les jeta
dans un lieu profond, et rempli de flammes. Ensuite les soixante-dix pasteurs
furent jugés et reconnus coupables ; ils furent également précipités dans
l'abîme enflammé. 34.Dans le même temps, je vis au milieu de la terre un
abîme rempli de feu. 35.C'est là qu'étaient conduites les brebis aveugles,
qui avaient été jugées coupables ; toutes, elle étaient précipitées dans ce
gouffre de feu. 36.Et ce gouffre se trouvait situé à la droite de cette
bergerie. 37.Et je vis les brebis brûler et leurs os consumés par le feu.
38.Et je me tenais debout, considérant comment cette antique bergerie fut
détruite ; mais auparavant on en avait enlevé les colonnes, l'ivoire et toutes
les richesse qu'elle renfermait, et on les avait amoncelées dans un lieu situé à
l'orient. 39.Je vis aussi le Seigneur des brebis élever une maison plus
grande et plus haute que la première, et la bâtir dans le même endroit où avait
été la première. Toutes ses colonnes étaient neuves, l'ivoire neuf, et en plus
grande quantité qu'auparavant. 40.Et le Seigneur des brebis habitait à
l'intérieur. Et toutes les bêtes sauvages, tous les oiseaux du ciel
s'inclinèrent devant les brebis qui restaient et les adorèrent, leur adressèrent
des prières, en leur obéissant en toutes choses. 41.Alors les trois hommes,
qui étaient revêtus de blanc, et qui me prenant par la main m'avaient fait
monter, m'enlevèrent encore, et me placèrent au milieu des brebis, avant le
commencement du jugement. 42.Les brebis étaient toutes blanches, la laine
longue et pure de toute tache. Et toutes celles qui avaient péri ou qu'on avait
exterminées, toutes les bêtes sauvages, tous les oiseaux du ciel se réunirent
dans cette maison, et le Seigneur des brebis tressaillait d'allégresse de voir
rentrer les brebis au bercail. 43.Et je vis qu'elles déposaient l'épée qui
leur avait été donnée, qu'elles la reportaient dans la bergerie, et la
scellaient en présence du Seigneur. 44.Les brebis étaient enfermées dans la
maison, qui avait peine à les contenir toutes. Et leurs yeux étaient ouverts, et
elles contemplaient le Bon, et il n'en était pas une parmi elles qui ne
l'aperçût. 45.Je vis aussi que la maison était grande et large, et pleine de
monde. Et voici qu'il naquit un veau blanc, dont les cornes étaient grandes, et
toutes les bêtes sauvages, tous les oiseaux du ciel l'adoraient et l'imploraient
incessamment. 46.Alors je vis leur nature à tous se transformer, et ils
devenaient des veaux blancs. 47.Et le premier d'entre eux fut fait Verbe, et
le Verbe devint un grand animal, et il portait sur sa tête de grandes cornes
noires. 48.Et le Seigneur des brebis se réjouissait à la vue de tous ces
veaux. 49.Et moi qui m'étais prosterné, je fus réveillé, mais je conservais
la mémoire de tout ce que j'avais vu. Telle est la vision qui m'apparut pendant
mon sommeil. Je célébrai à mon réveil le Seigneur de toute justice, et je lui en
rendis toute la gloire. 50.Ensuite je répandis beaucoup de larmes, et elles
coulaient sans s'arrêter par le souvenir de ce que j'avais vu. Car toutes ces
choses s'accompliront et toutes les actions des heureux se manifesteront en leur
temps. 51.Et je pensai la nuit au songe que j'avais eu, et je pleurai
amèrement, plein de trouble encore de la vision que j'avais eue.
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