LA SYMBOLIQUE

 

 Un

Dans l'ordre quantitatif, l'unité représente soit la plus petite chose considérée (un objet), soit la quantité par rapport à laquelle on mesure les autres. Dans les deux cas, on confère à l'unité le privilège d'une certaine personnalité qu'elle ne saurait conserver si on la modifiait par addition ou par retranchement. Elle s'oppose par ailleurs à la fois à la fraction, à la dualité, à la trialité et à toutes les multiplicités définies ainsi qu'à la multi­plicité indéfinie, enfin à la totalité. Mieux encore, elle est l'intermédiaire né­cessaire (en fonction de la structure de notre pensée) entre une quantité quelconque et une quantité quelconque — ce dont la technique de la « règle de trois » donne l'image la plus claire. En vertu de ces différentes propriétés et de quelques autres, intuitivement ressenties bien avant que les mathéma­ticiens ne les aient définies, l'unité a symboliquement acquis un sens de base, de barème, de perfection.

Dans l'ordre qualitatif, la place ordinale du nombre un dans toutes les numérations devait lui donner aussi le sens de commencement absolu et de chef de file, de tête. Du fait que l'unité constitue l'individualité perceptive, l'objet étant considéré comme un tout ; du fait que les unités se fondent dans des unités plus grandes jusqu'à la grande unité du Tout, l'unité a pris sym­boliquement le sens de Tout et de Tête du Tout — c'est-à-dire du Cosmos et du Créateur.

Un est effectivement le nombre que la plupart des mythologies mono-théismes et panthéistes font correspondre à la Divinité (le Dieu-Un dit la symbolique chrétienne). La première lettre aleph de l'alphabet hébraïque est le souffle de l'esprit créateur ; l'alpha grec est le commencement de toute chose ; le Bateleur, premier Arcane majeur du Tarot, signifie création (voir au mot BATELEUR). Tout cela procède par conséquent d'un symbolisme naturel extrêmement clair. La connaissance de ces quelques éléments permet­tra d'inférer les autres objets auxquels s'applique le symbolisme de l'unité (le chef, le Soleil, etc., etc...).                           

 

Deux

Le nombre deux a naturellement le sens de division et le sens de couple (aux deux genres du mot). Symbole de l'ambivalence (voir ce mot), il est ambivalent lui-même. Aussi les attributs doubles ont-ils à la fois un sens sacré et un sens maudit (les cornes de Moïse et les cornes de Satan, l'amour sexué sacré et maudit, etc...). Le deux s'oppose donc au deux par le sens intérieur ; par les attributs extérieurs, il s'oppose au un (la Licorne opposée au bouc, Dieu l'Unique opposé au diable cornu et à sa duplicité, le Taureau cornu opposé au Scorpion à dard unique, les Gémeaux opposés à la flèche du Sagittaire, etc...).

 

Trois

 Le nombre trois offre à considérer les particularités suivantes :

1 °) Il est le terme final de la série des trois premiers nombres entiers et, à ce titre, signifie secondairement l'ensemble de la série (trois ob­jets), l'ordre même du dernier terme (le troisième objet).

2°) La série de trois objets peut être inorganisée (janvier, février, mars), ou au contraire comporter une structure interne (thèse, antithèse, synthèse, ou encore sujet, copule, prédicat, ou encore passé, présent, avenir).

Cette structure peut conférer au troisième terme la valeur d'un aboutissement (synthèse), la valeur d'un « objet » (prédicat) ou la valeur d'un médiateur (présent). En résumé (et nous simplifions), trois peut représenter : un ternaire, un ordre dans un ternaire, la synthèse d'un ternaire, l'objet dans un ternaire, le moyen d'un ternaire. D'où dérivent les différents sens symboliques du trois et de son idéogramme, le triangle (voir ce mot). Il ne saurait, en effet, y avoir d'autre idéogramme général que le triangle, trois points étant nécessairement situés dans un même plan. L'alignement est un cas particulier qui correspond préci­sément à la collection de trois objets semblables — ceux du rapprochement desquels ne surgit rien de nouveau.

A noter que trois qualitativement considéré procède de un dans la mesure où il introduit l'unité : la synthèse réduit à un la thèse et l'antithèse, la copule réduit à une proposition les deux termes séparés, l'objet définit l'ac­tion indiquée par le sujet et la copule, le présent unit le passé à l'avenir, etc...

Il ne mène qu'à un, ou à de nouveaux ternaires (ex.: la synthèse confrontée à un quatrième élément ou antisynthèse donnerait une nouvelle synthèse et formerait donc un nouveau triangle ayant un sommet commun avec le premier). Qualitativement, on ne passe pas de trois à quatre.

Par composition, par contre, on passe de trois à six, neuf, douze, etc..., mais cela ne procède pas des seules propriétés internes de trois. La question étant ainsi définie, il est aisé de voir si les applications qu'on voit faire de trois au point de vue symbolique sont valables ou gratuites.

 

Quatre

Les propriétés du nombre Quatre sont de deux ordres. En premier lieu, il représente la forme générique de composition des binaires, ce qui résulte de sa formulation 2 X 2 . En second lieu, il représente tout ce qui appartient au plan quaternaire : cycles à quatre phases par exemple. Dans les deux cas, il s'exprime par l'idéogramme de la croix  et du carré , avec tous les symbolismes secondaires qui y sont rattachés.

 

Cinq

Le nombre cinq occupe, dans la magie et la philosophie traditionnelle chinoises, une place centrale. Les points cardinaux y sont au nombre de cinq : le Nord, le Sud, l'Est, l'Ouest et le Centre. Les éléments sont l'Eau, le Feu, la Terre, l'Air et le Principe de la Vie, quelquefois symbolisé par le Bois. Les Cinq Tigres de la mythologie annamite correspondent à toute une symbolique qui rejoint celle des Pa Koi, par le système d'orientation ci-contre schématisé.

Le Cinq, c'est l'Empire du Milieu sur la signification duquel nous ne pouvons nous étendre sans dépasser les limites d'un article de dic­tionnaire. Pourtant, son importance nous met sur la voie d'une signification cruciale, que nous développons par ailleurs.

La Croix contient le cinq par le point d'intersection de ses branches. Symboliquement, on peut donc dire que la phase christique contient en puissance les suivantes — dont le symbole est donc l'étoile à cinq branches (celle de Mahomet, qui est d'argent ; celle des U. S. A. qui est blanche ; celle d'U. R. S. S. qui est rouge ; celle du Saint-Esprit, qui est d'or). Si on se réfère au sym­bolisme de la croix, on comprend en quoi l'âge du cinq constitue une libération par restitution des droits de la vie.

Numérologiquement, cinq correspond au premier nombre dépassant le quaternaire des éléments et manifeste, selon un symbolisme naturel, la Vie. Il est remarquable, en effet, que la cristallographie nous montre des struc­tures cubiques, rhomboédriques, hexagonales, etc..., mais que les êtres vivants seuls s'organisent selon un schéma pentenaire, aussi bien dans le domaine végétal que dans le règne animal. Cinq est le nombre des doigts de la main, ce qui peut être considéré comme un facteur symbolique accidentel et indépendant. Il se trouve pourtant qu'à partir du tronc, la tête et les membres constituent les cinq branches de l'étoile humaine. Outre le célèbre diagramme de Vinci, cette particularité a inspiré bien des schémas et spécu­lations plus ou moins intéressantes. Géométriquement, on a aussi beaucoup accordé de valeur au fait que le côté du pentagone ne se construit pas d'une façon simple, comme celui du triangle équilatéral, du carré ou de l'hexa­gone. L'irrationnalité de la figure devait aussi inspirer des considérations et parallèles nombreux tendant à prouver que l'homme est le premier être à qui il arrive de ne pas suivre aveuglément les lois de la nature — car, en fin de compte, c'est cette considération orgueilleuse qui fait le fond de beaucoup de discours savants consacrés à la question. Inutile de dire que le pentenaire, s'il ne suit pas les lois physico-chimiques des polarités inférieures, n'en est pas moins soumis au déterminisme de la vie.

 

Six

Le nombre six correspond symboliquement à une sorte de perfection qu'on peut sinon expliquer, du moins retrouver dans sa genèse. Le fait fondamental, exprimé en termes arithmétiques, est que six est le produit des trois premiers nombres entiers ou, en termes algébriques : six égale factorielle trois (3 !) . L'évolution du plan du binaire au plan du ter­naire n'a pas, comme on le pense d'abord, fait passer l'univers-pensé de deux dimensions à trois, mais de deux à six (puisque l'ambivalence du binaire est transposée sur chacune des dimensions du ternaire — ou inversement) ; ainsi le binaire s'exprime par un segment de droite ayant deux extrémités et une orientation (la croix dans le plan) ; en trois dimensions, on a la croix à six branches qui a six extrémités (coordonnées spatiales). En outre, le double dièdre Nord-Sud Est-Ouest Haut-Bas épuise les directions de l'espace. C'est probablement à ce symbolisme naturel que six doit d'avoir à peu près uniformément un sens d'harmonie, d'universalité. Dans le Tarot, la VI ème lame est celle de l'Amoureux — c'est-à-dire de l'amour (Dieu est Amour). Dans la Kabbale, le sixième attribut d'Ain Suph est Tiphereth, la Beauté ou la Vie, et dans la Kabbale moderne, la sixième lettre est donnée pour signifier l'union. Le monde a été créé en six jours et le nombre six prend aussi le sens de création. Mais il ne semble pas qu'il faille s'attacher aux inter­prétations anecdotiques, alors que l'explication interne rend compte des valeurs qualitatives attribuées à ce nombre.

 

Sept

Le nombre sept jouit de propriétés symboliques qui lui sont propres et dont le septenaire planétaire donne la clef. Par ailleurs, il procède de cette propriété, banale en soi, d'être la somme de trois et de quatre. Sans doute est-il possible de le considérer comme la somme de trois couples accompagnés d'un chef de file, ce qui fait trois combinaisons possibles.

1 °) Le septenaire en tant que tel a une valeur originale, dont l'organisation intérieure connaît une infinité de modes que la tradition nous donne tout faits : planètes, jours de la semaine, gamme majeure, gamme mineure, etc...

2 °) En tant que totalisation du ternaire et du quaternaire, le sept va avoir toutes les propriétés symboliques du triangle rectangle et de toutes autres figures combinant le trois et le quatre par superposition ou juxtaposition.

3 °) En tant que triple couple rangé, sous un chef, le sept retrouve un symbolisme planétaire (couple Lune-Soleil, Vénus-Mars, Jupiter-Saturne et de la liaison Mercure).

Dans l'ensemble, on peut dire que les deuxième et troisième sens n'ont pas un grand intérêt. Au contraire, la notion du septenaire comme tel ouvre les portes d'un symbolisme quasi-universel — aussi universel que celui du douze. Cette particularité ne se déduit guère de la structure du nombre sept lui-même, sauf si l'on fait du septième point le centre de l'hexenaire. Sept est alors pour l'hexenaire et le double ternaire du Sceau de Salomon un passage à la vie — comme nous avons vu le cinq représenter par rapport à la croix, le passage à la vie.

C'est pourquoi cinq et sept représentent une classe spéciale, significatrice de vie sur des plans différents.

 

Huit

Le nombre huit tire toutes ses propriétés symboliques du fait qu'il est le cube de deux. En conséquence et en qualité de puissance troisième, il a toutes les propriétés du cube. Projeté sur un système à deux dimensions, il a toutes les significations indiquées par les Pa-Koi. On pourra remarquer que 1 puissance 3 devrait avoir les mêmes attributs symboliques. Il les a en partie.

Mais outre que 1' = 1, ce qui nuit à l'expressivité du symbole, l'unité est statique. Il n'y a qu'à partir de 2 que le nombre a des vertus multiplicantes manifestes.

Quant à 3 au cube il  a toutes les propriétés de huit, plus quelques autres et leurs symbolismes ne sont pas interchangeables.

 

Neuf

Le nombre Neuf ne tire sa valeur symbolique que du fait d'être le carré de trois ou, ce qui revient au même, le triple de trois. La Kabbale a exploité à l'infini ces propriétés et ce nombre dans des distinctions sans fin. La tradition orientale fixe à neuf le nombre des plans d'existence (âme matérielle, âme vitale, âme animique, etc...), mais cette division peut aussi bien se faire en huit ou en dix selon la façon de placer les accolades. L'Orient lui-même n'a d'ailleurs aucune exigence sur ce point. Evidemment, neuf est un nombre sacré dans la mesure où il n'y a pas de nombre qui n'ait trouvé son Dieu. Mais, très grossièrement, on peut dire que neuf est un nombre comme les autres.

 

Dix

Le symbolisme du nombre dix procède de circonstances con­tingentes. Dans la Nature, il n'y a pratiquement aucun invariant cor­respondant à ce nombre, ou de phénomènes le mettant en évidence à titre privilégié. Du fait que les premiers systèmes de numération sont partis de cinq, le nombre de doigts — dix — peut représenter une unité d'ordre supérieur (qui aurait pu tout aussi bien être six, si l'on admettait cette hypothèse). Dans la tradition kabbalistique, la division ternaire est fondamen­tale. Trois ternaires constituent un ensemble de neuf, parfaitement propice à symboliser tout ce qu'on voit dans la Nature. Poser le Principe du Neuf et, en dehors de lui, constituer la dixième unité (comme dans les Séphiroths), c'est parfaitement concevable, mais n'ajoute rien qui ne soit, à certains égards, gratuit. Il semble plus intéressant et moins arbitraire de considérer le dix (et le zéro, qui lui est équivalent en système décimal) comme la tète de la série 1, 2, 3, 4.

Si l'on essaie de partir de la plus petite quantité possible de nombres les plus petits possibles pour reconstituer la série des nombres entiers, on voit que dans la série 1, 2, 3, on a :

1 + 3 = 4

2 + 3 = 5

1 + 2 + 3 = 6

Si, au contraire, on y ajoute le quatre du stade ternaire, on tire de la série 1, 2, 3, 4 :

1 + 4 = 5

2 + 4 = 6

3 + 4 = 7

1 + 3 + 4 = 8

2 + 3 + 4 = 9

1 + 2 + 3 + 4 = 10

On peut dire qu'en système quaternaire, dix correspond à un dans l'ordre de la totalisation. II s'ensuit que :

1 °) exprimées en langage quaternaire, les notions correspondant à un nombre donné changeront de plan quand leur nombre représentatif change d'ordre décimal. Exemple : 4 = la croix ; 40 = les épreuves (40 ans dans le désert, 40 jours de jeûne, etc...) ; 400, 4.000, etc. =les moyens d'épreuve (les 400 légions, etc.). Autre exemple: 5 = le Saint Esprit  ; 50 = sa manifestation (Pentecôte, cin­quante jours après Pâques, etc.).

2 °) Par rapport au système du cycle décimal, onze est le risque (l'angoisse ou la grâce), ce qui explique la para­bole de l'ouvrier de la onzième heure, les superstitions touchant à onze.

 

Onze

Le nombre onze jouit dans certaines croyances de vertus plus ou moins maléfiques. On cite notamment les socles de crucifix bretons placés exclusivement dans les cimetières et qui sont taillés de manière à avoir onze côtés. On ne connaît pas d'autres utilisations du prisme à onze faces, mais il existe des superstitions touchant ce nombre en Moyen-Orient. Cela ne peut s'expliquer que comme pour le treize, à savoir que dans les cosmogonies basées sur la décade (les dix sephirôth et tous systèmes qui en procèdent, notamment en Moyen-Orient), le onzième « est de trop ». Il représente l'inconnu d'un nouveau cycle, le risque de désordre, l'angoisse. Mathématiquement, le nombre onze ne jouit pas de propriétés particulières, sinon d'être un nombre premier, ce qui arrive à beaucoup d'autres — et de correspondre à un polygone qui n'est pas facile à construire. On ne peut naturellement pas faire état de ce qu'il s'écrit avec deux un — ce qui résulte purement et simplement du système décimal et non de la quantité onze (il s'écrirait 1011 en système binaire, 102 en système ternaire, etc...).

 

Douze

Le nombre Douze doit toutes ses propriétés symboliques au fait qu'il est le produit de trois et de quatre. Quatre, nous l'avons vu, est l'explicitation du binaire (voir aux mots QUATRE, CROIX, CARRE), c'est-à-dire qu'il est le principe de la combinaison des éléments deux à deux en système binaire. Exemple : le système binaire est celui des oppositions simples (Feu-Eau, Terre-Air). Le principe de toute opération combinatoire en système binaire est la répartition en quatre résultantes (Chaud-Sec, Chaud Humide, Froid-Sec, Froid-Humide). Le Trois, au contraire, a le caractère spécifique de ne dériver que de l'unité et de mener à l'unité (voir au mot TROIS). Dans ces conditions, douze représente la forme générique des opérations combinatoires :

1 °) Du binaire et du ternaire.

2 °) Du ternaire et du quaternaire. Nous verrons par ailleurs que le pentenaire ne procède de rien (c'est le quaternaire qui dérive du pentenaire). De sorte que douze occupe une position privilégiée suivie d'aucune autre position analogue.

Pour l'humanité dans l'état d'avancement où elle s'est trouvée jusqu'alors, le système duodécimal a été le plus propre à symboliser toutes les synthè­ses possibles ; c'est pourquoi la référence du cycle zodiacal est d'applica­tion quasi universelle. Le cycle zodiacal combine notamment :

1 °) L'unité, par la continuité du processus de développement des signes (voir au mot ASTROLOGIE).

2  °) Le binaire, par l'opposition diamétrale (deux signes diamétralement opposés ont une valeur opposée ou complémentaire, une polarité inverse, appartiennent à des Eléments inverses, etc...).

3 °) Le ternaire (ternaire des signes du Feu, ternaire des signes de Terre, etc...).

4 °) Le quaternaire (quaternaire des signes cardinaux, quaternaire des signes mobiles...). Parallèlement au Douze zodiacal, d'autres systèmes symboliques participent de la division duodécimale — des douze mois aux douze Apôtres en passant par les douze heures du cadran et les douze pierres de l'Ephod. Tout cela est prétexte à beaucoup de littérature mais n'ajoute pas grand-chose au symbolisme numéral qualitatif.

 

Treize

L'interprétation symbolique du treize est difficile en ce sens que les propriétés du nombre lui-même n'ont rien de particulier. C'est un nombre premier — ce en quoi il n'est pas plus remarquable que onze ou dix-sept. Il est la somme de dix et de trois, de deux et de onze, de sept et six..., etc. On peut donc lui appliquer avec conjugaison les symbolismes de ses composants, mais tout cela est bien gratuit.

Sur un terrain purement symbolique, par contre, on peut l'interpréter en fonction de cette considération que le cycle de douze constitue un tout, un cycle complet (le cycle du Zodiaque). Treize est donc le début d'un nouveau cycle, avec tout l'inconnu que cela comporte. Le treizième n'a pas sa place : s'il se présente, c'est que l'un des douze précédents est de trop. D'où les deux sens principaux que ce nombre a pris dans la croyance populaire :

1 °) Annonce d'un remaniement par disparition d'un des précédents (treize à table, etc...).

2 °) L'inconnu, le nouveau cycle, la chance ou la mal-chance, la mort et la renaissance (lame XIII du Tarot, le 13 porte-bon­heur, etc...).

Mentionnons pour mémoire que les historiens ont cherché à la superstition une origine. Comme la civilisation judéo-chrétienne est, dans l'ensemble, fondée sur la tristesse, on a voulu faire remonter le double sens du treize (le sens heureux et le sens malheureux) à des événements destructeurs : la mort de Flavien, destructeur de Jérusalem, un treize (en l'an 81), et la mort du Christ, le 13 de Nizan. Outre que cette origine est fausse du point de vue historique, et par surcroît invérifiable notamment parce que tout le monde n'est pas d'accord sur la relativité des calendriers — on peut aussi bien faire de la mort du Christ un événement heureux si cette mort a la signification que le Christ lui-même lui a donnée. C'est le type même de l'interprétation gratuite.

 

 

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