Qu'est ce que la magie ?

 Par ELIPHAS LEVI

Dogme et rituel de la haute magie - 1930

 

Sur le fronton d'un temple que l'antiquité avait dédié au Dieu de la lumière on lisait cette inscription en deux mots : Connais-toi:

J'ai le même conseil à donner à tout homme qui veut s'approcher de la science.

 

La magie, que les anciens appelaient le sanc­tum regnum, le saint royaume ou le royaume de Dieu, regnum Dei, n'est faite que pour les rois et pour les prêtres : êtes-vous prêtres, êtes-vous rois ? Le sacerdoce de la magie n'est pas un sacerdoce vulgaire, et sa royauté n'a rien à débattre avec les princes de ce monde. Les rois de la science sont les prêtres de la vérité, et leur règne reste caché pour la multitude, comme leurs sacrifices et leurs prières. Les rois de la science, ce sont les hommes qui connaissent la vérité et que la vérité a rendus libres selon la promesse formelle du plus puissant des initiateurs.

 

L'homme qui est esclave de ses passions ou des préjugés de ce monde ne saurait être initié, il ne parviendra jamais, tant qu'il ne se réformera pas ; il ne saurait donc être un adepte, car le mot adepte signifie celui qui est parvenu par sa volonté et par ses oeuvres.

L'homme qui aime ses idées et qui a peur de les perdre, celui qui redoute les vérités nouvelles et qui n'est pas disposé à douter de tout plutôt que d'admettre quelque chose au hasard, celui-là doit refermer ce livre, qui est inutile et dangereux pour lui: il le comprendrait mal et en serait troublé, mais il le serait bien davantage encore si par hasard il le comprenait bien.

 

Si vous tenez à quelque chose au monde plus qu'à la raison, à la vérité et à la justice; si votre volonté est incertaine et chancelante, soit dans le bien, soit dans le mal; si la logique vous effraye, si la vérité nue vous fait rougir; si on vous blesse en touchant les erreurs reçues, condamnez tout d'abord ce livre, et faites, en ne le lisant pas, comme s'il n'existait pas pour vous, mais ne le décriez pas comme dangereux : les secrets qu'il révèle seront compris d'un petit nombre, et ceux qui les comprendront ne les révéleront pas. Montrer la lumière aux oiseaux de nuit, c'est la leur cacher, puisqu'elle les aveugle et devient pour eux plus obscure que les ténèbres. Je parlerai donc clairement, je dirai tout, et j'ai la ferme confiance que les initiés seuls, ou ceux qui sont dignes de l'être , liront tout et comprendront quelque chose.

 

Il y a une vrai et une fausse science, une magie divine et une magie infernale, c'est-à-dire men­songère et ténébreuse : nous avons à révéler l'une et à dévoiler l'autre; nous avons à distinguer le magicien du sorcier et l'adepte du charlatan.

 

Le magicien dispose d'une force qu'il connaît, le sorcier s'efforce d'abuser de ce qu'il ignore.

 

Le diable, s'il est permis dans un livre de science d'employer ce mot décrié et vulgaire, le diable se donne au magicien et le sorcier se donne au diable.

 

Le magicien est le souverain pontife de la nature, le sorcier n'en est que le profanateur.

 

Le sorcier est au magicien ce que le superstitieux et le fanatique sont à l'homme véritablement religieux.

 

 Avant d'aller plus loin, définissons nettement la magie.

La magie est la science traditionnelle des secrets de la nature, qui nous vient des mages.

 

Au moyen de cette science, l'adepte se trouve investi d'une sorte de toute-puissance relative et peut agir surhumainement, c'est-à-dire d'une manière qui passe la portée commune des hommes.

C'est ainsi que plusieurs adeptes célèbres, tels que Mercure Trismégiste, Osiris, Orphée, Apollo­nius de Thyanes, et d'autres qu'il pourrait, être dangereux ou inconvenant de nommer, ont pu être adorés ou invoqués après leur mort comme des dieux. C'est ainsi que d'autres, suivant le flux et le reflux de l'opinion, qui fait les caprices du succès, sont devenus des suppôts de l'enfer ou des aventuriers suspects, comme l'empereur Julien, Apulée , l'enchanteur Merlin , et l'archisorcier , comme on l'appelait de son temps, l'illustre et malheureux CornéliusAgrippa.

 

Pour parvenir au sanctum regnum, c'est-à-dire à la science et à la puissance des mages, quatre choses sont indispensables : une intelligence éclairée par l'étude, une audace que rien n'arrête, une volonté que rien ne brise et une discrétion que rien ne puisse corrompre ou enivrer.

 

SAVOIR, OSER, VOULOIR, SE TAIRE, voilà les quatre verbes du mage qui sont écrits dans les quatre formes symboliques du sphinx. Ces quatre verbes peuvent se combiner ensemble de quatre manières et s'expliquent quatre fois les uns par les autres........

 

 

 

 

 Haut de page